de Michel Marc Bouchard

du 5 au 24 mars 2019 > création

mardi et vendredi à 20h30, mercredi, jeudi, samedi et dimanche à 19h

“Au milieu du 17e siècle, Christina, reine de Suède fascine par sa modernité. Femme énigmatique, assoiffée de connaissances, fine politicienne, flamboyante et imprévisible, féministe bien avant l’heure, elle a bouleversé tous les codes de son époque.

“Christine de Suède nous pose une question, celle qui nous confronte plus que jamais à choisir entre le bien-commun et nos aspirations personnelles. Fût-elle une grande héroïne des libertés individuelles ou une odieuse traitresse à sa patrie? Christine de Suède a renié le pays qu’elle aimait, renié son père, renié sa foi, renié tout ce qu’elle était pour être ce qu’elle voulait être; libre de se définir en « usant de son libre-arbitre » selon les enseignements de son ami Descartes.” (M. M. Bouchard)

Rejetant les avances de ses prétendants, ne s’intéressant plus aux choses de la guerre, elle prône la paix et l’éducation de l’esprit pour son peuple. Confrontée à sa mère, qui n’a jamais aimé sa fille et qui la contraint à la copulation pour donner un héritier au royaume, Christina se sentira de plus en plus en porte-à-faux. Tiraillée entre la foi et le savoir, la reine cherche la vérité, sa vérité avec force, en dépit de tous et, surtout, en dépit des fulgurances de ses propres passions. Elle finit par choisir l’amour au lieu du pouvoir et elle abdique.

Michel Marc Bouchard a été reçu Chevalier de l’Ordre national du Québec en 2012. Il est couvert de prix pour ses œuvres théâtrales aussi bien dans son pays qu’à l’étranger.

 

Mise en scène

Sandra Amodio

Scénographie

Anna Popek

Lumière

Claire Firmann

Avec

Dimitri Anzules, Rebecca Bonvin, Fiona Caroll, Susan Espejo, Adrien Mani, Roberto Molo

 

 

Une production du Collectif du Pif

 

EDITO

 

DE L’AUTRE CÔTÉ DU MIROIR

Dans ce monde qui se déshumanise, où la technologie semble nous gouverner, nous remplacer et nous réduire peu à peu à son esclavage, l’Alchimic propose un théâtre susceptible de nous affranchir et de nous élever au-dessus de notre condition. Il est fait de multiples prétextes pour sublimer la nature humaine et témoigne de son infini pouvoir de création. Il est l’art de l’acteur, irremplaçable par la technologie, qui nous fait frissonner et sentir notre souveraineté.

Parmi tous les spectacles que nous vous proposons, nous affectionnons un travail d’explorateurs sur différents thèmes de l’actualité, avec l’intention de les éclairer de façon percutante, ludique, originale et divertissante, en faisant usage du pouvoir magique qu’est l’imagination, pour vous émerveiller en recherchant sans cesse de l’invention utile dans nos réalisations.

Cette saison autant que les précédentes reflète cette même démarche. Parmi les huit titres à l’affiche, six créations ainsi qu’une reprise sont réalisées par des compagnies genevoises, et un spectacle en tournée nous vient d’Yverdon. Comme d’habitude, nous honorons une majorité d’auteurs vivants. La plupart d’entre eux ont déjà reçu d’importantes distinctions. Deux excellentes pièces du siècle dernier les accompagnent, écrites par Eugène Ionesco et Friedrich Dürrenmatt. Celles-ci n’ont pas pris une ride, elles paraissent même plus percutantes que du temps de leurs créations.

Tous ces spectacles vous emmènent en voyage dans les coulisses de l’actualité, de l’autre côté du miroir qu’ils vous tendent, où tant de choses se montrent sous un tout autre jour.

Au programme de la saison :

«TOI TU TE TAIS», la nouvelle création de Narcisse, champion de France de slam en 2013. Il revient après le franc succès de «Cliquez sur j’aime», programmé à l’Alchimic en 2016. Dans ce nouvel opus pour texte, musique et vidéo, il s’en prend à ceux qui obligent les autres à se taire.

“LA NEF DES FOUS” d’après la fameuse bande dessinée de Turf, une fable sur la folie des grandeurs et la quête du pouvoir, notamment celui des machines dans notre monde moderne, adaptée théâtralement, conçue scéniquement et interprétée par cinq acteurs prometteurs de la nouvelle génération, parrainés par Joan Mompart.

“LA CANTATRICE CHAUVE” d’Eugène Ionesco, dans une version hors normes, conçue par l’équipe qui a réalisé “L’Ours” de Tchékhov en décembre dernier avec le succès que l’on sait. En usant du même procédé, pour quatre comédiens et trois marionnettes de grandeur humaine, cette conception trouve ici sa légitimité, car elle démasque ces êtres marionnettisés par l’absurdité de la petite bourgeoisie qui les tournent en ridicule.

“MOMO” de Sébastien Thiéry, une pièce comique d’une drôlerie irrésistible sur le thème de la famille. Elle est également d’une grande profondeur et nous invite à la réflexion, en questionnant notre définition de la parentalité et de la filiation, dans une situation familiale extraordinaire presque irréelle qui est surtout des plus cocasses.

“MA VIE DE COURBETTES”, le nouveau seul en scène écrit par le tandem que forment Laurent Deshusses et Pierre Naftule, dont le titre évocateur suffit à en exprimer le propos. Celui-ci pourrait aussi s’approprier la devise de Beaumarchais : “Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer”. Mais dans ce spectacle s’invite le pire des couacs…

“CHRISTINA, THE GIRL KING”, une pièce émouvante en première suisse, du célèbre auteur canadien Michel Marc Bouchard récompensé par plusieurs prix. Elle captive  par la puissance avec laquelle elle exprime les tourments et l’affranchissement d’une femme, que sa condition de reine torture au point de la faire abdiquer pour pouvoir suivre son libre arbitre.

“LA PANNE” de Friedrich Dürrenmatt, une reprise du fameux spectacle de Valentin Rossier, suite au succès qu’il a obtenu au théâtre de l’Orangerie en 2016. Cette fable jubilatoire sur la justice, dont la morale est qu’il vaudrait mieux ne jamais avoir affaire à elle, se situe entre le polar et le drame psychologique, avec un suspense à la Hitchcock.

“LA MÈRE” du brillant auteur Florian Zeller, nominée aux Molières en 2011 – l’une des trois pièces de sa célèbre trilogie avec “Le Père”, Molière de la meilleure pièce en 2014, et “Le Fils” écrite en 2018 – une farce noire qui vous prend aux tripes et ne vous lâche pas, en soulevant la question : peut-on trop aimer ?

Ces spectacles sont riches en émotions. Parmi leurs divers objectifs, ils explorent nos dérives, montrent la beauté de nos faiblesses, mesurent notre grandeur dans l’épreuve, ridiculisent certaines peurs ou dynamitent des idées reçues… Ils vont peut-être toucher une part profonde ou insoupçonnée de votre personne, voire rééquilibrer quelque chose dans ce monde qui bascule, en l’observant sous la loupe de notre démarche artistique, soucieuse de miroiter l’actualité à sa juste valeur.

En espérant que cette saison interpelle votre curiosité, soyez tous bienvenus à l’Alchimic, où nous vous attendons pour vous délecter de plaisir théâtral.

Pierre-Alexandre Jauffret
Directeur et fondateur du théâtre Alchimic