de Friedrich Dürrenmatt

du 31 mai au 20 juin 2018 > création

mardi et vendredi à 20h30, mercredi, jeudi, samedi et dimanche à 19h

Affreusement drôle, cette comédie grinçante tire à bout portant sur l’union sacrée du mariage. Un lynchage sans pitié où la farce et l’absurde donnent une vision métaphorique des impasses de la vie conjugale.

Le capitaine Edgar et sa femme Alice mariés pour le meilleur et pour le pire depuis vingt-cinq ans souffrent chacun de l’autre, sans possibilité d’évacuer leur frustration qui les a rendus avec le temps suspicieux et haineux, autant qu’emprisonnés et dépendants l’un de l’autre.

La visite de l’ami Kurt pourrait apporter du baume affectif sur l’échec de cette vie si mal partagée à deux, alors que le sourire et la sérénité apparente de celui-ci ferait diversion salutaire. En témoin lucide et sans vergogne, il prendra finalement congé de ce havre diabolique en lançant ironiquement à l’égard du couple: «J’ai pu jeter un coup d’oeil dans votre petit univers. Dans le grand univers, les choses ne vont en aucune façon plus mal: C’est l’échelle seulement qui diffère».

Cette pièce est orchestrée comme un match de boxe en douze rounds ponctués de coups de gong. Trois boxeurs sur un ring. Les coups de ce combat délirant emportent le trio dans une ’’danse de mort’’ qui les précipite dans leur défaite. Le jugement est sans appel et l’on rit jaune de cette comédie amère plutôt que d’en pleurer, car seules les crapules peuvent survivre.

Traduction:

Hélène Mauler, René Zahnd

Mise en scène:

Véronique Ros de la Grange

Avec

Scènographie:

Anna Popek

Une production de la Cie Où sommes-nous

EVENEMENT

Jeudi 7 juin à l’issue de la représentation

La vie conjugale à la dérive

Rencontre avec un sexologue


 


 

EDITO

L’ ALCHIMIC : UNE MACHINE À JEUX

Durant cette dixième saison, l’équipe du théâtre Alchimic et les artistes à l’affiche poursuivent l’exploration d’un théâtre nécessaire, qui vous tend un miroir ludique de l’actualité, témoin de notre temps, afin de jouer un rôle utile dans notre société.

Sublimer la nature humaine, soulever les questions, briser les tabous, montrer les paradoxes, détruire les impossibles ou désapprendre le monde, font partie des nombreux objectifs que nous poursuivons.

Pour cela, nous faisons usage du mode de communication le plus naturel depuis la nuit des temps. On le pratique à tout âge, il est organique autant qu’universel, c’est le langage des enfants sans l’avoir appris. Ce mode fédérateur avec lequel l’humanité communique dans l’osmose est « LE JEU ».

Voilà pourquoi l’Alchimic souhaite être une machine à jeux des plus sophistiquées, et qu’avec elle tout devienne du jeu, c’est à dire tout ce que vous voyez, entendez ou ressentez. C’est pour interpeller l’enfant qui est en vous, car nous sommes tous de petits puis de grands enfants, disons, plus ou moins irresponsables. Ce que l’on fait à notre planète le démontre tous les jours.

Cette machine a l’ambition de créer toutes sortes de prétextes à jeux au service de l’ouvrage, de sa réalisation, mais surtout des acteurs, afin d’être pour eux une sorte d’accessoire multiple qui leur donne le pouvoir d’inventer tout en servant la pièce.

Ce concept souhaite vous divertir en guidant votre pensée dans le traitement d’un ouvrage. Il espère ainsi vous donner l’envie d’explorer toutes ses profondeurs, surtout si le propos est pesant. C’est une démarche qui recherche sans cesse un subtil équilibre entre le divertissement et l’effort demandé par chacun des sujets. Votre concentration en découle, d’où notre affinité pour des spectacles courts à des horaires compatibles avec les vôtres.

Les dix spectacles à l’affiche sont de véritables coups de cœur. Près de la moitié d’entre-eux traitent des oeuvres écrites ou adaptées à la scène par des auteurs locaux. La majorité des titres sont des créations genevoises, cela fait de l’Alchimic un théâtre vivant.

La Russie est à l’honneur, d’abord à cause du centenaire de la révolution d’octobre de 1917, dont parle la nouvelle création de Dominique Ziegler, mais aussi avec des œuvres d’Anton Tchékhov ou de Fedor Dostoïevski. Plusieurs spectacles sont pluridisciplinaires, ils font dialoguer l’art du jeu d’acteurs avec celui de la musique, des marionnettes, du clown ou de la vidéo. D’autres spectacles, dont l’écriture est plutôt le fait du texte, questionnent les conventions habituelles du théâtre. Ceux-ci changent totalement la configuration de la salle, pour placer le public dans un autre rapport, qui s’impose tant il est légitime, en bi-frontal, en cirque, et même en agora.

Nous affectionnons tout particulièrement les conceptions qui appréhendent la forme originale la plus adéquate pour traiter un ouvrage. Cela peut éveiller en vous votre curiosité et c’est cela qui nous intéresse.

Notre démarche est en forme d’entonnoir pour aboutir sur votre intense attention. C’est là que nous voulons vous atteindre. Nous espérons ainsi vous mettre en état de jeu et stimuler en vous l’envie de jouer votre rôle le plus correctement, celui de vous considérer comme des spect-acteurs, pour écouter, réagir et vous émouvoir…

Si tout est bon, du choix de la pièce et de son traitement jusqu’à celui des artistes, si le texte vous parvient puissamment au point de vous captiver, si vous buvez les paroles que vous entendez, c’est là que le courant passe et que le théâtre a une chance d’avoir lieu. C’est à dire l’art théâtral, ce que l’on nomme dans notre métier « l’état de grâce », lorsque les acteurs sont au bon endroit, qu’ils jouent avec justesse, et qu’ils n’interprètent pas mais incarnent leurs personnages.

Humblement, c’est ce que nous espérons, pouvoir vous emmener au paradis de la délectation théâtrale, cet idéal magique qui nous échappe, auquel nous aspirons.

En espérant que ces dix propositions ouvrent votre appétit, soyez les bienvenus au théâtre Alchimic pour la dégustation de ces plats variés aux saveurs théâtrales.

Pierre-Alexandre Jauffret
Directeur et fondateur de l’Alchimic